Delphine M. vous livre Thuin par touches: sorties, dégustations, portraits, projets...

A rats qui rient, raies qui aiment est le 2e roman de notre talentueuse Thudinienne, Justine Lalot. Et il nous réserve bien des surprises… Lisez le titre de ce roman à haute voix. Allez… Lisez-le… Vous entendez la même chose que moi? Harakiri, requiem. Avec ces deux mots, vous détenez les clés du roman.

Car Justine nous emmène dans un univers déjanté, celui de Simon Faucher (notez au passage l’allusion à la grande faucheuse), écrivain de seconde zone âgé de 103 ans qui appelle la mort de ses voeux les plus chers. Il l’appelle, il l’attend, il la supplie mais elle ne vient pas. Désoeuvré et convaincu qu’elle se joue de lui, il la surnomme Jeanine. Il multiplie les tentatives de suicides (harakiri)… en vain. Il trouve “refuge” dans le Requiem (voilà pour le 2e mot!) de Mozart, composition interrompue par la mort du virtuose… Tout se tient, la boule est bouclée: je vous avais bien dit que l’intrigue du roman était concentrée dans les termes harakiri et requiem.

A rats qui rient, raies qui aiment est un livre dédié à la mort… Vous me direz que c’est déprimant! Et qu’au vu du gris traînant dans le ciel belge depuis de trop nombreuses semaines, vous n’avez aucune envie de vous lancer dans ce genre de lecture. Détrompez-vous! Ce roman ne vous fera pas l’effet d’une danse macabre vous encerclant de ses bras osseux. A rats qui rient, raies qui aiment vous emportera dans un entrelacement de défis littéraires que notre protagoniste, Simon Faucher, lance effrontément à la mort, alias Jeanine. Le roman est ponctué de récits courts (présentés comme les productions littéraires de Simon) ayant pour thème des trépas aux allures de vaudeville: un plongeur empalé sur un sapin, miss Bruxelles se noyant dans un mètre d’eau à Knokke-le-Zoute… sous les yeux d’un sauveteur incompétent, etc.

Extrait de l’épisode “Miss Bruxelles:

“Kim, je l’ai déjà dit, se sent très seule. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle n’accepte pas vraiment son célibat. Le maître-nageur lui a tapé dans l’oeil. Elle met donc tous ses neurones sur le coup et élabore un stratagème pour qu’il se rende compte de son existence. Une fois qu’il l’aura repérée, en effet, elle sait qu’elle a toutes ses chances. Ne serait-ce qu’en raison de ses mensurations idéales.

Petite, comme beaucoup de jeunes filles de son âge, Kim a été bercée par cette série américaine, dans laquelle de séduisants sauveteurs font du bouche-à-bouche à d’aussi ravissantes jeunes files pour les sauver d’une mort certaine. Elle sourit à cette idée: il lui suffirait de faire semblant de se noyer, et le tour serait joué.” [pp. 145-146]

Un roman déjanté donc. Mais un roman qui aborde des sujets graves, aussi: le sentiment d’impuissance face à la mort de ses proches, la solitude, la fatuité de l’espèce humaine.

A rats qui rient, raies qui aiment illustre la montée en puissance de la maturité littéraire de Justine: les épisodes graves sont décrits sans dramatiser, avec  un certain recul sans pour autant tomber dans une indifférence sèche. Le choix des scènes, les coups de projecteurs donnés sur des éléments bien précis témoignent en outre d’une sensibilité qui ne verse jamais dans la mièvrerie.

Au fil des pages, un subtil équilibre entre humour et gravité vous balance entre amusement et  forme d’introspection. Idéal pour occuper les longues soirées  pluvieuses de Belgique… ;-)

Justine LALOT, A rats qui rient, raies qui aiment, Editions Luce Wlikin, 2014

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