Delphine M. vous livre Thuin par touches: sorties, dégustations, portraits, projets...

Ce soir-là, ni télévision, ni PC à la maison. Occasion unique de me consacrer, comme dans ma jeunesse ;-), à la littérature. L’expérience doit être totale. Pas question de lire à la dérobée avec un oeil distraitement jeté sur l’écran du PC ou du téléviseur. Quand je découvre un roman, je peux vivre deux expériences opposées: soit je me délecte de chaque page du récit, soit je subis une déception que provoque inévitablement un roman médiocre.

Alors, quel est le verdict pour La Dame de l’Ermitage?

Le narrateur du roman affirme que “[…] c’est souvent du hasard que naissent les plus belles choses.” (p.96). Je ne crois pas au hasard mais une chose est sûre: un beau roman est né.

Chauvins les Thudiniens?

Ce roman provoque indubitablement la fierté des Thudiniens qui en font la lecture. A travers chaque ligne, chaque mot, transparaît un amour profond pour notre Thudinie. Et avouons-le, en la matière, les Thudiniens sont assez chauvins. Je dirais qu’ils le sont à raison (nos motifs de fierté sont innombrables ;-) ), mais je confesse être peu objective lorsqu’il s’agit de Thuin. Comme moi, vous reconnaîtrez, non sans émotion, les lieux de l’intrigue. Quelle joie  et quel sentiment étrange de reconnaître les ruelles que l’on fréquente, les jardins suspendus qu’on admire régulièrement, la Biesmelle où enfant on a pataugé, etc.

Tout ça, c’est bien joli et poétique mais quand on a fini de se gargariser sur les beautés de la Thudinie, on n’a guère avancé sur le fond (et la forme) du roman…

Un voyage de 1.000 ans

Que nous dévoile cette Dame de l’Ermitage? Tout d’abord elle nous permet de retracer (avec plus ou moins de véracité malgré la  fiction) l’alignement d’une série d’événements dont notre vie actuelle porte encore la marque. Selon notre assiduité en classe d’histoire, nous reconnaissons les grandes étapes qui ont frappé l’évolution de notre culture et de notre société: prosélytisme et propagande religieuse, Inquisition, heures sombres et grandes découvertes de la Renaissance. Car oui, ce roman nous fait parcourir 1.000 ans en un peu plus de 400 pages!

Cette plongée dans un passé illustre, cela remue ma mémoire. Pas vous? D’autant que la question “Comment peut-on donner un nom à cette répétition de l’histoire à mille trois cents ans d’intervalle?” (p.413) est centrale dans le roman.

 Ces héros qui vous nous ressemblent

Mais La Dame de l’Ermitage, c’est bien plus qu’un bond dans le temps. Ce roman campe des personnages que nous avons tous déjà rencontrés au cours de notre existence, qu’on a souvent caricaturés (tant il est commode de coller des étiquettes et enfermer dans des catégories rigides les individus nous faisant face) sans jamais mettre le doigt sur leur personnalité profonde. Martin, dans son roman, dresse les portraits de ses protagonistes (je pense particulièrement à Landelin, Prudence, Marc et Adrien) avec un respect et une bienveillance que je dirais équilibrés car ils ne versent jamais dans la complaisance.

Landelin, héros de temps barbares et arides, nous relie à un imaginaire tout droit issu des récits chevaleresque de notre enfance. Dès les premières lignes du roman, apparaissent des réminiscences d’une époque de notre vie où le merveilleux était roi: un lien fort se crée entre le récit et le lecteur.

Les protagonistes de l’époque contemporaine (Prudence, Marc et Adrien) représentent des parts que nous pouvons reconnaître en chacun d’entre nous, en chacun de nos amis. Car oui, ces personnages issus d’un roman régional sont universels. Ils nous parlent de nous, il nous sont familiers. Tiraillés entre intérêt personnel et noble cause, spontanéité et stratégie, jalousie et altruisme, colère et résignation, ces personnages sont confrontés à des questionnements que nous avons tous déjà expérimentés. Ces luttes intérieures nous sont livrées sans jugement de la part du narrateur. La question du bien et du mal, omniprésente pour les personnages religieux du roman, ne vaut plus – et c’est heureux –  lorsqu’il s’agit des pérégrinations de nos jeunes héros contemporains.  Aliam vitam, alio mores. La voie est totalement libre pour leur quête.

C’est une double quête qui happe nos héros: celle des mystères enrobant les abbayes d’Aulne et de Lobbes d’une part, celle de leur personnalité profonde d’autre part. Nous les accompagnons au fil du roman (à moins que ce ne soient eux qui nous accompagnent) et observons leur métamorphose… Leur quête est finalement celle de tout homme ou de toute femme en devenir.

Cette quête universelle est aussi profondément originale. Je peux vous dire que ces personnages vous surprendront avant la tombée du rideau final.

Du rythme

L’entremêlement de deux époques, avec allers-retours de l’une vers l’autre, est une technique largement éprouvée en littérature (au cinéma aussi d’ailleurs).  Et pourtant, elle charme une fois de plus et fonctionne à merveille. Elle dicte la cadence de lecture: on n’a plus qu’à se laisser emporter.

Le style rythme lui aussi la lecture. Les “tableaux” se succèdent et on y revient par touches. On est loin de l’écriture abrutissante de certains romans simplistes. On est loin aussi du style ampoulé de ceux qui imaginent encore se la jouer à la Proust.

L’écriture, fraîche et posée, est une belle balance entre dynamique et descriptif.

 Une fois le livre refermé

On a indubitablement passé un moment agréable et enrichissant. La chute, que je ne dévoilerai pas ici au risque de me faire pendre haut et court, est absolument déroutante. Bien malin celui qui pourra la deviner avant même de lire les dernières pages! Selon moi, la fin reste ouverte. Elle l’est d’autant plus que certains éléments demeurent, à mes yeux, sans réponse. Bref, j’en redemande.

Alors Martin, un tome 2 serait-il en préparation?

Le 13 octobre 2013, à la question: que souhaiterais-tu que le lecteur retire de ton livre au moment où il le referme?, Martin m’a répondu: “J’aimerais qu’il aille se promener à l’Ermitage et en retire un moment de bonheur. Qu’il se dise que la vie est belle et qu’il le partage.” Mon avis est que La Dame de l’Ermitage va plus loin. Elle dépasse le partage d’un moment de bonheur et ouvre au lecteur attentif une réflexion bien plus large.

Donc le tome 2, c’est pour bientôt? ;-)

 

La Dame de l’Emritage de Martin Jeanmart. Découvrez son interview, Martin Jeanmart et sa Dame de l’Ermitage, un roman régional qui pose des questions universelles.
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